Les vœux des “pères des indépendances” sont peut-être en train de prendre corps. L’accord sur la zone de libre-échange continentale africaine (Zlec) est entré en vigueur le jeudi 30 mai 2019. A défaut d’une intégration politique plus soutenue, l’Union africaine (Ua) a eu la bonne idée de créer cet espace pour lever les obstacles à l’accès des marchés dans les pays membres. L’objectif principal est de garantir l’essor d’un véritable commerce intra-africain. Le Pib de la Zlec est estimé à 3000 milliards de dollars. Ce qui fait de l’Afrique, indéniablement, une superpuissance économique.
Ce projet ambitieux avait déjà été adoptée le 21 mars 2018 à Kigali, sous l’impulsion de l’Ua. Depuis, 52 pays africains ont manifesté leur volonté d’intégrer la zone et 22 ont concrètement ratifié l’accord. Le potentiel est énorme. Ce nouvel espace économique va accroître de 52 % le commerce entre pays africains d’ici à 2022. Pour l’instant, seuls le Nigéria, le Bénin et l’Érythrée n’ont pas signé l’accord. Le continent qui est aujourd’hui le petit poucet du commerce mondial ne participe qu’à moins de 3 % du commerce mondial. Une aberration pour un continent jeune, riche, et qui compte plus d’un milliard d’habitants.
L’Afrique rêve de devenir la locomotive de l’économie mondiale
“Nous célébrons le triomphe de l’intégration économique audacieuse et pragmatique au niveau du continental. Nous lançons le marché le 7 juillet 2019 et commençons le voyage de la transformation 2 en assurant la prospérité inclusive.Nous lançons le marché le 7 juillet 2019 et commençons le voyage de la transformation une prospérité inclusive et sécurisée ”, s’est enthousiasmé Albert, Muchanga, le Commissaire de l’Ua pour la commerce et l’industrie.
La Zlec sera décisive dans les échanges commerciaux pour les entreprises africaines qui, à part celles présentes dans les grands pays comme l’Egypte, le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Congo, ou quelques rares champions, sont confinées dans des marchés étroits. Elles pourront accroître leur clientèle potentielle et donner plus de vigueur au commerce et à la croissance, dans un marché en perpétuel croissance. La démographie de l’Afrique pourra ainsi être un facteur positif, en offrant des possibilités d’investissement et d’innovation au secteur privé africain. Les milliers de startups, qui se lancent tous les jours sur le continent, pourront prendre de nouveaux parts de marché et développer leurs ventes. Ainsi, c’est une occasion unique qui se présente, pour tous ceux qui ont des ambitions d’entreprenariat et d’affaires à l’échelle du continent.
C’est un grand défi qui attend les dirigeants et les entreprises africaines. Le nouveau partenariat, que constitue la Zlec, promet de grandes avancées économiques mais il appelle aussi à de grandes responsabilités. Car l’Afrique aura une population de 2.5 milliards de personnes en 2050. Un challenge démographique qu’il faudra relever, tant les besoins du continent et des habitants seront immenses. Tous les secteurs seront affectés par ce grand bouleversement à venir. Il y a un besoin urgent à agir pour résorber le déficit en infrastructures, répondre aux exigences dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’accès aux services publics de base, de l’agriculture, de l’emploi, etc.
La Zlec, pour être efficace, doit s’accompagner de gages. La transformation en Afrique des matières premières, la mise en place d’un cadre souple pour garantir plus de possibilités de réussite aux entreprises africaines, la bonne gouvernance, l’érection d’infrastructures modernes, l’interconnexion entre la science, l’entreprise et la société sont autant de paris à gagner. La matérialisation de la Zlec ne viendra que renforcer des efforts préalables de mise en chantier de grandes réformes politiques et sociales. Mais la promesse est déjà là : l’Afrique va maintenant jouer dans la cour des grands. Il faut s’en réjouir.







