Depuis 2021, Google exploite une innovation de rupture : convertir une masse critique de smartphones Android en réseau mondial de détection sismique. Grâce aux capteurs intégrés dans près de 70 % des téléphones dans le monde, le géant de la Silicon Valley délivre aujourd’hui des alertes précoces pour les tremblements de terre dans 98 pays.
À lire aussi : WhatsApp rétrograde sur Windows : Meta remplace l’appli native par une version web allégée
Chaque smartphone Android active en permanence son accéléromètre, un petit capteur qui permet, entre autres, l’orientation automatique de l’écran ou le comptage des pas. Lorsqu’il détecte une vibration brutale (ondes P, plus rapides mais moins destructrices), l’appareil envoie anonymement un signal accompagné de sa position grossière au serveur de Google. Lorsque plusieurs signaux convergent dans une zone en peu de temps, les algorithmes de détection identifient un séisme potentiel, en estiment la magnitude et le foyer, puis déclenchent une alerte.
Deux niveaux d’alerte existent : « BeAware », notification discrète et « TakeAction », alerte sonore prioritaire, même en mode silence, accompagnée de consignes d’urgence (« abritez‑vous, couvrez‑vous, tenez »).
D’après une étude publiée dans Science, plus de 1 200 alertes ont été émises depuis 2021, détectant plus de 1 000 séismes. La fiabilité dépasse les 99 %, seuls trois faux signaux liés à des orages ont été enregistrés. Les gains peuvent atteindre plusieurs dizaines de secondes avant les ondes S destructrices, parfois jusqu’à une minute pour des séismes modérés.
Cependant, les alertes sont moins précises pour les très gros séismes (>M7), car les algorithmes ont peu de données d’entraînement. Le séisme de magnitude 7,8 en Turquie en 2023 illustre cette limite : le système a sous-estimé l’intensité, générant une alerte trop faible.
La portée de ce système dépasse les économies développées : il comble d’importantes lacunes dans les pays dépourvus de réseaux sismiques traditionnels. En Espagne, par exemple, cinq millions d’utilisateurs Android ont reçu une alerte lors du séisme de magnitude 5,3 à Almería, une première.
Jusqu’à présent, le système reste la propriété de Google : ses algorithmes et données sont fermés, ce qui suscite des inquiétudes dans la communauté scientifiqu. Les chercheurs appellent à davantage de transparence pour permettre des analyses indépendantes et améliorer la prévention.







