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Raconte ton digital

« Raconte ton digital », pour une bonne utilisation des outils numériques

La Rédaction Vudaf par La Rédaction Vudaf
il y a 4 ans
dans Technologie
Temps de lecture :15 mins read
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Il y a de cela deux mois, Ousseynou Gueye, Directeur de Polaris Asso, Sandrine Lemare, Directrice de la Soft Skills Academy du groupe ISM, et Pathé Dieye écrivain ont coécrit un livre dénommé « Raconte ton digital ». Cet ouvrage constitue un guide pratique pour les jeunes qui utilisent les outils digitaux. Ces derniers sont aujourd’hui exposés à cause du mauvais usage qu’ils font du numérique. Et « Raconte ton digital » s’adresse à eux ainsi qu’aux parents pour une utilisation saine des réseaux et de internet de façon générale. Le livre est accessible, gratuit et facile à télécharger. Ousseynou et Sandrine nous ont accordé un entretien dans lequel ils ont répondu aux questions de Vudaf.

Vudaf : Comment vous vous êtes rencontré ?

Sandrine : Depuis sept ans, dans le cadre de mon travail j’accompagne en conduite de changement des jeunes et des moins jeunes. Je travaille aussi sur la problématique de la violence faites aux femmes. A l’époque, j’avais des cas de maltraitance via Facebook, Messenger, et je me retrouvais avec des jeunes qui avaient des vies parallèles sur Facebook. Ils s’inventaient une vie et après se retrouvaient dans des drôles d’histoire allant jusqu’à l’agression voir le viol de certaines femmes que j’ai accompagnée. Au début de Messenger, les jeunes ne savaient pas l’impact que ces échanges pouvaient avoir car ils allaient jusqu’ à la rencontre qui aboutissait parfois au viol. Il y a deux ans, une de nos amis mutuels qui travaillait aussi au sein du groupe ISM nous a présentés. Lui (Ousseynou) avait des connaissances pointues sur le numérique et du coup cela a matché tout de suite. C’est pour cela qu’il y a un volet digital, et un volet humain dans le sens où je suis une sociologue qui a fait de la psychologie sociale. En échangeant sur nos pratiques respectives on s’est rendu compte qu’il était urgent d’intervenir.

Vudaf : Quel est le message que vous avez voulu lancer dans « Raconte ton digital » ?

Ousseynou : « Raconte ton digital », est un ouvrage collectif coécrit, et produit par plusieurs personnes dont Pathé Dieye, Sandrine, et moi-même. C’est un livre qui est assez illustratif. Il regroupe une quinzaine d’œuvre graphique produite par une jeune fille de 18ans du nom de Binta Ndiaye. Il y a eu aussi une quinzaine de jeunes bénévoles qui travaillent pour Polaris Asso et qui nous accompagnent dans la formation des lycéens pour acculturer ces derniers aux outils du numérique. En plus de ces jeunes, de belles personnalités de notre écosystème éducatif et également numérique se sont associées à nous pour porter ce message. Par là, je veux citer Amadou Diaw, président fondateur du groupe ISM, Rokhaya Solange Ndir Mbengue, Sobel Aziz Ngom, Cherif Ndiaye, Arame Gueye Sène, Momodou Dramé assesseur à la Fastef. Le message de cet ouvrage tourne autour de la question de savoir ce que les jeunes font avec le digital? C’est aussi le message de deux équipes que sont, Polaris Asso et La Soft Skills Academy. Ces deux équipes ont rencontré près de deux ans au moins 3000 jeunes dans beaucoup de localités du Sénégal. Ils sont allés dans de grandes villes telles que Saint-Louis, Dakar, Louga, Fatick etc. Ils ont interrogé les jeunes sur leur usage des outils du numérique. Et le constat c’est qu’ils sont connectés à peu près quatre heures de temps par jour. Et malheureusement, ils n’en font pas un usage avisé. Tantôt c’est pour s’éduquer, ou réveiller leur créativité, mais cela n’est qu’une infime partie par rapport à ce qu’ils en font aujourd’hui. Ce qui ressort le plus, c’est le côté négatif, et c’est ça qui prend le dessus le plus souvent. Parfois ils sont victimes de menaces, du cyber harcèlement, de modification des données personnelles, de piratages, et de désinformation. Le message qu’on a voulu lancer dans cette œuvre, c’est permettre aux jeunes d’utiliser le numérique pour faire des recherches utiles et qu’ils puissent se prémunir des dangers.

Vudaf : Est-ce qu’il y a un suivi depuis la publication du livre pour savoir s’il a un impact sur les jeunes qui ont eu à le lire ?

Ousseynou: On n’a pas suffisamment de recul sur ça. Pour le moment, on a deux types de retour, et ce sont des personnes qui nous félicitent, qui reconnaissent que ce guide est venu à son heure parce qu’il y a vraiment une urgence sur le sujet de l’éducation numérique. Le second retour porte sur les consortiums, l’inspecteur académique de la ville de Dakar qui nous soutient et la presse aussi. D’ailleurs depuis sa publication, on a fait pas moins de cinq sorties dans la presse. Des accords de partenariat sont prévus pour que les populations puissent s’en approprier. Il y a des personnes qui veulent en faire profiter leur communauté et souhaitent que le livre évolue en d’autres formats et en langue locale comme le sérère, le wolof etc. Mais également sur des formats qui seront plus inclusifs et accessibles comme les vidéo, les podcasts.

Vudaf : Est-ce que vous avez pensé à produire des podcasts en wolof pour permettre une large diffusion ?

Sandrine: Rendre cet ouvrage accessible au plus grand nombre fait partie des axes prioritaires. Il y a aussi un partenariat qui sera mis en place avec l’union des radios communautaires qui vont diffuser ces podcasts et autres contenus dans les différentes radios communautaires qui sillonnent le pays. En termes d’entrant, on a quinze thèmes abordés dans ce livre et ils peuvent faire preuve d’une ingénierie pédagogique. En termes d’extrant cet outil va permettre aux coachs bénévoles de Polaris et de la Soft Skills Academy de pouvoir intervenir dans les lycées et collèges du Sénégal. Il y a à la fois cette volonté de rendre audible au plus grand nombre en langues locales sous des formats audios. C’est sur ça qu’on est en train de travailler. C’est vrai qu’il y a deux mois que l’ouvrage est sorti et qu’il y a beaucoup d’attente mais on savait déjà en portant cette pierre à l’édifice qu’on allait avoir beaucoup de travail et on en est ravi.

Vudaf : Est-ce que le livre s’adresse aussi aux parents quand on sait qu’il y a certains d’entre eux qui mettent très tôt à la disposition de leurs enfants les outils numériques?

Sandrine : cet outil est un prétexte. La jeunesse est une entrée. Mais le livre s’adresse à tout le monde. Les parents, les personnes adultes qui ont besoin de lire ce guide. Je pense que la e-réputation n’est pas seulement importante pour les jeunes qui sont souvent victimes et se font même agressés. Les adultes sont aussi concernés. En somme ce livre s’adresse à tout le monde. Maintenant sur l’encrage parental, il est bien évident que c’est un guide qu’on doit mettre entre les mains de chaque parent. C’est le travail qu’on est en train de faire avec Ousseynou et Madame Blondin. Polaris avait déjà commencé en accolant à ce livre des capsules vidéos, à l’intention des parents sur le site et sur la page vidéo qui s’adresse à eux. Aujourd’hui au Sénégal, il y a de jeunes parents qui mettent très tôt à la disposition de leurs enfants des outils digitaux. Et lors de mes consultations, il y a des gens qui me disaient que leur petite sœur de trois ans avait des comptes Instagram. Ça, c’est le problème car c’est le copier coller du modèle européen, d’étalage de sa vie privée. Cette façon de faire n’est pas en phase avec nos réalités sénégalaises. C’est pour cela que certains adultes aussi doivent s’approprier du livre pour avoir une connaissance de l’utilisation du numérique.

Vudaf : Par rapport aux autres livres sur le digital, quelle plus-value apporte le vôtre?

Sandrine : c’est un ouvrage adapté aux réalités culturelles sénégalaises. Le Sénégal n’est pas la Chine, la France n’est pas les États-Unis. Le livre s’adresse au Sénégal.
Ousseynou : c’est un ouvrage vraiment collectif qui a été fait dans la Co-construction. On a tenu à ce que chacun apporte sa pierre à l’édifice. La question qu’on se posait était qu’elle est la vision du jeune, de l’enseignant, du parent, de la sœur, d’une personne qui est dans le privé et qui accompagne des jeunes qui travaillent ? C’est un livre sur lequel on a bossé pendant plus d’un an avant d’aboutir à une version finale parce qu’on voulait que chacun y participe.

Vudaf : Quels impactent ont les influenceurs sur ce que consomment les jeunes sur les réseaux sociaux ?

Ousseynou : la question du contenu est assez transversale, car il revient sur les questions du bien-être. À quel contenu on a accès et quel impact cela a chez nous ? On a deux points : le premier, c’est l’inadéquation qu’il y a entre ce que consomment les jeunes, et la réalité de nos sociétés. Il faut comprendre qu’il n’y a que 3 % des contenus qui viennent d’Afrique et les 97 % viennent d’ailleurs. Donc un jeune qui surfe sur Internet va plus consommer des produits qui viennent d’ailleurs et il va voir des stars américaines ou autres qui ont des cultures qui vont potentiellement l’influencer. Et dans notre société, beaucoup de nos influenceurs, reproduisent des choses qui ne viennent pas de chez nous. Ce qu’on essaie de faire à notre niveau, c’est promouvoir d’autres types de contenus qui auront un impact positif sur les jeunes. Ce qu’on aimerait, c’est leur permettre de créer des contenus utiles à l’image de la benjamine de l’Assemblée nationale Marieme Soda Diagne, chérif Ndiaye de École au Sénégal. Voilà les types d’influenceurs que les jeunes peuvent suivre.

Vudaf : Comment faire pour que les jeunes suivent les modèles que vous venez de citer ?
Sandrine : bien sûr qu’on travaille sur ça. L’urgence, c’est que la jeunesse africaine soit consciente de son potentiel. Et la grosse problématique se trouve dans la construction identitaire et je travaille sur ça depuis sept ans. On peut en effet se divertir tout en prenant en compte nos réalités culturelles sénégalaises. Une société ne faisant pas l’autre donc on peut regarder la vie des Kardashians et savoir que celle-ci n’est pas la vie des sénégalais de façon générale. Notre réalité, c’est le manque d’emploi, la mendicité des enfants. On doit faire rêver nos jeunes avec des gens qui mettent du contenu autre que du divertissement. C’est par le biais des interventions qu’on fait avec les coachs qui sont des jeunes et qui ont eu à traverser à un moment des questions identitaires qu’on parvienne à faire passer le message. Ici au Sénégal, on n’a pas de contenu éducatif. En Europe, les jeunes se divertissent, mais ils font la part des choses alors qu’ici, on est un peu dans des aventures ambiguës pour reprendre le concept de Cheikh Hamidou Kane où tu as plusieurs vies en même temps. Ce que tu consommes dans le digital n’a rien à voir avec ce que tu as quand tu ouvres la porte de chez toi et c’est là où ça devient grave. Pour ce qui est des créateurs de contenu moi je pense par exemple à Mamadou Dia parti en Espagne et qui est revenu à kandiol qui est en train de révolutionné avec son ONG « Ha Ha tay », voilà des influenceurs qui ont des contenus sénégalo, sénégalais. En Europe on éduque au numérique, c’est pour cela qu’on s’est dit qu’au Sénégal il y a vraiment une urgence. Ici les jeunes passent minimum 4h voir 8h par jour sur leur téléphone à consommer l’ailleurs. Un ailleurs qui les fait rêver et une fois qu’ils sont confrontés à leur propre réalité, ça devient un peu compliqué.

Vudaf : En tant que sociologue, comment faites-vous pour éduquer les parents sur le digital?

Sandrine: c’est là où il y a un gap. C’est là où l’éducation intervient et celle parentale. Mais là comme on est en face d’un nouveau schéma qui est la digitalisation et que même les parents qui ont le digital ne se rendent pas forcément compte de l’impact parce qu’eux-mêmes n’ont pas eu à un moment donné accès à l’information. Aujourd’hui pour qu’on puisse stopper ce fléau, il faut l’inclusion des parents qui ne jouent plus leur rôle d’éducateur et ils mettent entre les mains de leurs enfants des tablettes et s’extasient de voir leurs enfants utiliser le digital alors qu’il faut vraiment s’en inquiéter. C’est une forme de démission parentale car quand un enfant né c’est parce qu’on est là pour l’éduquer. Mais ce qu’on voit c’est des parents qui sont dépassés par le digital tout comme les jeunes. Ce qui est important c’est de les éduquer dès l’école primaire à l’utilisation et à la manipulation des outils numériques. Dans toute société, il y a ce qu’on appelle la socialisation primaire, si l’individu évolue avec différents agents de socialisation, les premiers sont ses parents, et l’école primaire. Par la suite, tu passes à la socialisation secondaire où tu deviens plus mature, plus grand, et là, tu appartiens à d’autres types de réseaux. Et dans ce cas, si les parents n’assurent pas dans la socialisation primaire, les éducateurs au primaire, doivent être informés. C’est pour cela que ce livre doit aller dans les écoles primaires et même dans le préscolaire. Ce qu’on veut c’est mettre le contenu en wolof, et le rendre aussi accessible dans les écoles coraniques parce que le digital fait aussi partie de la vie de tous les enfants, de tous les jeunes car tout le monde à un téléphone.

Vudaf : Quel est l’impact du storytelling digital dans la manière d’utiliser les réseaux sociaux par les jeunes?

Ousseynou : il y a plusieurs sujets autour de ce point. Effectivement nous on va distinguer deux cas: il y a des jeunes qui sont extrêmement timides qui bien qu’ayant des talents insoupçonnés ne sont pas capable de se valoriser, de valoriser leurs compétences, leurs talents, leurs passions etc. Ça c’est bien dommage. Et nous c’est le sens de notre action. Polaris Asso, et Soft Skills Academy passent une bonne partie de leur vie à accompagner les jeunes et à avoir des softs Skills dans la communication dont le storytelling certainement. Mais après pour nous, il y a une frontière assez mince entre le storytelling positif, résonné, et du storytelling qui ressemble à de l’égotisme. Ce dernier sert plus à flatter. Quand tu es jeune et que tu recherches du travail ce qui doit être une obsession pour toi c’est ton insertion professionnelle. Pour ce faire, il faut bien soigner son image sur les réseaux sociaux pour ne pas que le recruteur soit dégoûté par ton image. C’est une thématique qu’on aborde autour d’un module de manière générale dans cet ouvrage et qui s’appelle l’e-reputation.

Vudaf : En quoi consiste la e- réputation?

Ousseynou :La e-réputation, ce sont les traces qu’un jeune ou qu’une personne laisse sur internet. Ça peut peut-être des formats écrits, vidéos ou images. Et cette e- réputation est extrêmement importante parce que justement dans une société digitalisée, on est tous connectés et nous tous on va avoir tendance à aller sur internet pour faire des recherches. Internet est devenu un chat de confiance. Aujourd’hui on a 92% des recruteurs qui vont aller sur internet pour se renseigner sur un candidat avant de le recruter. Quand je recrute un jeune, je lui demande s’il a un profil LinkedIn, je vais aller consulter son compte Instagram, Facebook pour voir quels sont les messages qu’ils véhiculent en terme d’image et je fais attention à ne pas associer mon image et l’image de mon association Polaris Asso avec une personne qui véhicule une image contraire à nos valeurs et c’est la même chose avec Sandrine. On est extrêmement vigilant, c’est une démarche globale que tous les managers et les recruteurs ont.

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