Il existe une profonde relation entre les rastas et l’Ethiopie, la terre sacrée. Dans la conscience rasta, l’Ethiopie est la terre promise que tous ceux qui ont été contraints de quitter leur terre-mère, l’Afrique, doivent rejoindre afin de se reconnecter avec le divin. Cela fait maintenant 63 ans que Tafari Makonnen, appelé Hailé Sélassié (puissance de la trinité) considéré donc comme la réincarnation du Christ, a légué Shashamane à la communauté rasta. Cette terre sacrée est comme un sanctuaire pour ses adeptes. Les premiers rastafaris d’Amérique et d’ailleurs arrivèrent ainsi pour répondre à l’appel du Jésus noir.
Shashamane, la terre sainte

Le rastafarisme est décrit comme un mouvement social, culturel et spirituel qui s’est développé à partir de la Jamaïque dans les années 1930. Il s’inspire de la bible, mais considère qu’une partie du livre saint a été falsifié par le colonisateur blanc afin d’asservir l’Afrique. Toute la culture rastafari se veut fidèle à la cause noire, elle veut lui redonner ses lettres de noblesse et mettre fin aux souffrances du peuple noir, celui choisi par Jah, l’être suprême. Marcus Garvey est l’un des pionniers de ce mouvement. Il a, toute sa vie durant lutté pour le double retour à la Terre promise, à la fois spirituel (rédemption biblique) et physique (retour en Afrique). Jésus est selon lui revenu en la personne de Hailé Sélassié pour rétablir la justice et ramener son peuple en terre promise, Shashamane. Il écrit d’ailleurs : « Laissons le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob exister pour la race qui croit au Dieu d’Isaac et de Jacob. Nous, les Noirs, croyons au Dieu d’Éthiopie, le Dieu éternel, Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit, le Dieu de tous les âges. C’est le Dieu auquel nous croyons, et nous l’adorerons à travers les lunettes de l’Éthiopie. » De ce fait, lorsque Haïle Sélassié créa l’Ethiopian World Federation (EWF), pour remercier les afro-américains et caribéens qui essayèrent de sensibiliser l’opinion au sort de l’Éthiopie après son invasion par l’Italie de Mussolini. Les rastas ont vu en lui la promesse de Jah, l’arrivée du sauveur. Shashamane, est ainsi devenu sans conteste le symbole de l’unité africaine dans la croyance rasta.
La culture rastafari

Les rasta vivent dans un perpétuel conflit contre « Babylone ». C’est d’abord la figure de l’esclavagisme et de tous ceux qui y participent activement ou passivement. Ce refus trouve ses racines dans la Bible, où les Hébreux sont libérés du joug de Pharaon grâce au Dieu de Moïse. Mais ce refus de « Babylone » n’est pas uniquement un refus de l’esclavage négrier, c’est aussi le refus de tout esclavage mental, de l’injustice, de la non-répartition des richesses, de l’oppression, de tout nationalisme, des guerres et du non-respect de la nature. Toutes ces formes de « satanisme » sont vues par le mouvement rastafari comme la « Babylone » à détruire. Bob Marley, fervent rasta ne disait-il pas « Émancipons-nous de l’esclavage mental, personne d’autre ne sera en mesure de libérer nos esprits ».
Le concept de I n I

En plus de cette quête nécessaire de la liberté, les rastas considèrent chaque personne, chaque être comme l’élément d’un tout. De ce fait ils parlent plutôt de « I n I » au lieu de « I » pour parler du locuteur qui n’est rien d’autre que « l’autre moi ». De plus, dans la croyance rasta, la moitié de la bible n’a pas été écrite, elle réside dans le cœur de l’homme. Donc le premier I est le soi commun et le second I est le soi divin. Pour renouer avec ce soi divin, les rastas utilisent le cannabis ou » ganja », une herbe sacrée dont la consommation permet à l’âme de s’élever. Ils la jugent inoffensif et luttent pour sa légalisation, car « l’herbe guérit la Nation ». Elle est ainsi utilisée pour des fins mystiques non pas récréatives.
La sacro-sainteté de la Nature selon les rastas

Par ailleurs, dans la conscience rasta,une parfaite harmonie devrait exister entre la Nature et l’homme puisqu’ils ne sont qu’un. Les rastafaris suivent en général un régime appelé « Ital » et dont la norme est végétarienne ou végétalienne/végane, afin de ne pas faire du corps un « cimetière ». Ils évitent aussi les aliments qui ont été artificiellement préservés, aromatisés ou altérés chimiquement, car ils ont perdu de leur pureté et nuisent à l’âme du consommateur. La chair animale est quant à elle définie par le mouvement rastafari comme un « poison » qui nourrit l’agressivité humaine, les famines ainsi que les maladies incurables. De plus, ils ne consomment ni vigne en alcool en accord avec le vœu de nazarite, une référence biblique.
Les rastas et le Reggae

En outre, les rastas ne se coupent pas les cheveux, ce qui permet l’apparition des dreadlocks ou « rastas » , ce sont des mèches de cheveux emmêlés exprès pour créer un type de coiffure. Celles-ci représentent Juda, le lion au centre du drapeau éthiopien, les rastas sont alors considérés comme la crinière du lion. Certains rastas pensent ainsi qu’un rasta sans dreadlocks n’en est pas un. D’autres, comme les membres des Twelve Tribes of Israël ou les Morgan Heritage (notamment avec le titre Don’t Haffi Dread To Be Rasta) pensent le contraire. Le port des rastas est de leur point de vue, une simple mode. Ce n’était donc pas la marque des rastafaris, qui initialement, se laissaient juste pousser la barbe. Leurs couleurs principales sont le rouge, le jaune et le vert. Ces trois couleurs représentent le royaume d’Éthiopie. Le Rouge symbolise le sang des martyres noirs ayant lutté pour l’idéologie Rastafari, le Jaune représente la richesse de leur terre, enfin le Vert, la couleur de la sainte nature.

La musique joue aussi un rôle majeur dans le rastafarisme, il dénonce les tares de la société en étant « la voix de ceux qui n’ont point de voix, la bouche de ceux qui n’ont point de bouche ». C’est aussi un hymne à l’amour et la solidarité. Un appel à retrouver la terre promise Shashamane pour enfin vivre dans la paix de Jah. Le Reggae a même rejoint la liste des 400 traditions culturelles selon l’ONU du fait de sa dimension à la fois « cérébrale, socio-politique, sensuelle et spirituelle. »
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