Le Sénégal a toujours eu des élections apaisées. Quelques couacs par-ci par-là, mais à la fin de la journée, la voix du peuple triomphe, quelle que soit l’issue des élections, le résultat est accepté par tous et la vie continue. Seulement, ce scrutin du 24 février est particulier à plus d’un titre. Le premier ministre en sa qualité de directeur de campagne déclare le président sortant vainqueur à au moins 57 %. Les opposants majeurs que sont Ousmane Sonko et Idrissa Seck, affirment qu’un second tour est inévitable. La presse qui jusque-là était neutre et froide dans la communication des « tendances » est maintenant accusée de prendre parti et d’être corrompue. Chacun se dit victorieux, la vérité est ballottée entre les deux ou 3 camps et le peuple est confus. La CENA (Commission Électorale Nationale Autonome) et le Conseil constitutionnel sont muets ! Qui est donc le président du Sénégal ?
Dans ce capharnaüm, 3 choses attirent notre attention :
Ousmane Sonko, un novice en politique s’impose

Au Sénégal, le scrutin a toujours été dominé par une classe de politiciens omniprésents. Les candidats à la présidentielle qui en sont à leur première tentative, inexpérimentés de surcroît, ont toujours eu des résultats dérisoires et sont vite oubliés. Seulement, Sonko, un jeune de 44 ans, inspecteur des impôts de profession ayant créé son parti politique en 2014 s’est largement imposé. Il est vrai que les résultats officiels ne sont pas encore publiés, mais il a fait un beau parcours. Le « Yes we can » est définitivement sénégalais, les jeunes ont prouvé leur réelle volonté d’être intégré à la marche de ce pays qui, jusque là était entre les mains de vieux hommes politiques.
Grâce à Sonko, l’intérêt de la chose commune a resurgi comme jamais, la politique a été associée à un idéal. On avait enfin une vision, naïve à certains égards, mais on y a cru, on a rêvé d’un meilleur avenir pour le Sénégal et chacun a voulu apporté sa pierre à l’édifice.
Cependant, il faut avouer que Sonko a été idolâtré quelques fois, comme si son programme se résumait au charisme se dégageant de son personnage, à sa fougue ou encore à son optimisme concernant l’avenir du pays. Cela ne l’a quand même pas empêché de rassembler un groupe autour des valeurs et des ambitions communes.
Ousmane Sonkp est aussi le premier Sénégalais qui n’avait aucune expérience politique et pourtant une partie du Sénégal a voulu le conduire à la tête du pays. Comme Mbappé, il réalise des exploits depuis 2014, on espère qu’il saura être une légende. « On reconnaît les grands hommes dans l’adversité » dit-on, on espère qu’il saura faire preuve de retenue, de responsabilité et de courage pour ce peuple qu’il a toujours tant défendu.
Le peuple sénégalais, un peuple mature

Lorsqu’il s’agit d’élections présidentielles, la peur devient vite le sentiment le mieux partagé dans plusieurs pays d’Afrique. Le Sénégal est un pays très stable qui a su consolider ses acquis démocratiques. Même si le taux de participation dépasse rarement les 50 %, il n’y a pas de conflits ethniques ou religieux qui viennent perturber le déroulement du scrutin. Le premier président du Sénégal était un chrétien dans un pays majoritairement musulman, le second président était un bel exemple de métissage entre Sereres et Haal Pulaars. Aujourd’hui par contre, on crie contre ces mêmes Haal Pulaars qui votent toujours pour leurs « congénères », les Mourides qui votent en masse pour le candidat mouride dans les réseaux sociaux. Comme si, on n’était pas conscient que c’est ce genre de propos qui ont déclenché des génocides et guerres civiles dans plusieurs pays.
Sachons raison garder et privilégions les intérêts du pays que nous partageons. Seulement si le gouvernement continue de faire du forcing, puisque le directeur de campagne du président sortant s’est déjà déclaré victorieux au premier tour sans attendre le délibéré des comités, il convient de se poser des questions sur la destinée du peuple. Quand ceux qui sont censés garantir la sécurité du pays ne savent plus raison garder ?
Une élection très confuse

Les nerfs sont tendus, pourtant les élections étaient si bien partis… Les chiffres officiels restent inconnus, car ils sont examinés par les commissions départementales de recensement des votes (CDRV) qui les fera remonter à la Commission nationale de recensement (CNRV). Une déclaration officielle sera ensuite faite par le Conseil constitutionnel le jeudi ou le vendredi 1er mars. Malgré cela, les candidats de l’opposition ont tous déclaré que le second tour est inévitable. Idrissa Seck et Ousmane Sonko ont même attaqué la presse nationale et internationale qui publient des résultats non-officiels. Le premier ministre, directeur de campagne de Macky Sall, comme pour mettre de l’huile sur le feu déclare que le président sortant a remporté les élections au premier tour avec au moins 57%. Son affirmation censée provenir des procès verbaux signés par toutes les parties prenantes (partis politiques et observateurs) sème la confusion totale…
Rien n’a été dit de façon officielle, on attend toujours…
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