Le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO) est célébré tous les 2 ans. Force est de constater qu’en 50 d’existence, le festival n’a jamais primé de femmes dans sa catégorie la plus prestigieuse, l’Etalon d’Or de Yennega. En plus, du #memepaspeur, hashtag initialement lancé pour dénoncer les agressions morales et physiques que subissent les femmes dans le cinéma africain, la place de la femme dans le 7e art est de plus en plus un sujet à controverses. Des voix se sont levées pour remédier à ce fléau.

L’unique femme à avoir inscrit son nom en lettres d’or dans l’histoire du FESPACO est Alimata Salambare. C’était en 1969. La jeune journaliste, a eu l’honneur de présider le premier comité d’organisation de la semaine du cinéma africain. Elle est considérée comme une référence par les réalisatrices et autres professionnelles du cinéma qui peinent à s’imposer dans un monde où leur talent n’est pas apprécié à sa juste valeur. Deux mouvements ont vu le jour : le #memepaspeur et le mouvement de Fatou Kande Senghor soutenue par la première dame du Burkina Faso, présidente de l’association Mim.
#Memepapeur, où en sommes-nous ?

Ce mouvement est en train de bouleverser les codes afin que les femmes victimes d’agressions sexuelles dans le cinéma africain osent enfin s’exprimer pour que la peur change de camp. Elles changent leur statut de victime en pionnière d’un mouvement pour la défense des droits et de la cause des femmes dans ce milieu. Le réalisateur Tahirou Oudréago a été pointé du doigt par l’actrice Azata Soro et actuellement une pétition a été lancée des quatre coins de la planète, pour suspendre son film le Trône qui concourait pour l’étalon d’or de cette 26e édition du Fespaco. La chaîne TV5 Monde a d’ailleurs annoncé qu’elle met fin à toute collaboration avec le dit réalisateur condamné par la justice pour cette agression. Elle annonce qu’elle ne diffusera plus le film « Le Trône » et se réserve le droit de le poursuivre en justice pour « réparation des préjudices causés « . Notons que Monsieur Tahirou ne s’est pas encore prononcé sur cette affaire, mais des mouvements tels que #Balancetonporc est sur le point de faire tomber des sommités du cinéma qui étaient jusque-là intouchables.
» 50 ans de FESPACO : 50-50 pour les femmes »

Sous la houlette de la réalisatrice Fatou Kande Senghor, un mouvement est né. Tout est parti d’un constat :
Seuls quatre films sur les vingt longs-métrages en compétition sont réalisés par des femmes, le FESPACO n’a d’ailleurs jamais primé de femme pour l’Etalon d’or de Yennega en plus du fait que le comité d’organisation est largement dominé par les hommes. Apolline Traoré, réalisatrice du film « Desrances », explique d’ailleurs: » Réalisatrice, c’est un métier technique, un métier de terrain, un métier dur : on ne nous fait pas encore confiance sur notre capacité à exercer ce métier « . De ce fait, le mouvement exige : » la parité dans toutes les commissions de financement, de sélection des films, de direction des festivals « , il préconise également l’octroi de fonds spécifiques pour les femmes cinéastes et la reconnaissance de leurs compétences. L’UNESCO et la première dame du Burkina, présidente de la fondation KIMI accompagnent ce combat.
De ce fait, l’UNESCO lancera, le 28 février à Ouagadougou, son Rapport mondial 2018, « Repenser, les politiques culturelles » en tenant compte des nouvelles tendances dans l’élaboration des politiques soutenant les secteurs des industries culturelles et créatives.

Il est vrai qu’il faut réhabiliter le droit des femmes dans l’industrie cinématographique mondiale, mais il faudrait éviter de cantonner les femmes dans leur statut de « femme » et surtout voir en elles des professionnelles du cinéma (actrices, réalisatrices, costumières…) car ce sont leurs compétences et leurs talents qui devraient justifier l’obtention d’une quelconque récompense. En d’autres termes « femme » n’est pas un métier.
Par ailleurs, il est impératif qu’elles soient présentes dans les comités d’organisation et de prises de décision pour une gestion inclusive et une meilleure prise en charge de la diversité dans le monde culturel.
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