Dans un entretien accordé au Monde, l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie revient avec acuité sur les dérives médiatiques contemporaines, notamment autour de la figure de Donald Trump. Selon elle, la couverture incessante – presque obsessionnelle – de ses propos outranciers et de ses frasques politiques a paradoxalement contribué à forger sa stature politique, en le transformant en phénomène médiatique plus qu’en candidat crédible.
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Elle regrette que les médias aient servi de caisse de résonance aux discours extrémistes, quitte à en perdre leur rôle critique. « On a trop couvert la folie de Donald Trump. C’est cela qui l’a fait », déclare-t-elle avec fermeté, dénonçant une époque où l’indignation constante remplace la réflexion de fond. Elle souligne également que ce traitement a ouvert la voie à une culture de la désinformation où les émotions priment sur les faits.
Adichie, qui s’est imposée comme l’une des voix littéraires les plus influentes de sa génération, défend une écriture qui interroge la vérité et les mécanismes du pouvoir. Dans ce cadre, elle appelle à une réinvention de l’espace médiatique, qui devrait, selon elle, cesser de courir après le sensationnel pour mieux assumer sa responsabilité démocratique.
Son propos s’inscrit dans un contexte politique tendu aux États-Unis, marqué par les ambitions renouvelées de Trump pour la présidentielle de 2024, et les polémiques entourant ses soutiens dans la Silicon Valley. Ce retour du trumpisme, nourri par les réseaux sociaux et certains médias complaisants, inquiète les intellectuels progressistes comme Adichie, qui voient dans cette dynamique une menace pour les institutions démocratiques.
L’autrice de Americanah et Nous sommes tous des féministes rappelle aussi que la littérature peut et doit jouer un rôle dans la résistance à la désinformation, en offrant des récits complexes, nuancés, ancrés dans la réalité.







