Les bayas, ces bijoux de hanches traditionnels, incarnent un subtil mélange de culture, de séduction et de modernité en Côte d’Ivoire. Longtemps réservés à l’intimité et porteurs d’une forte symbolique rituelle, ces accessoires gagnent aujourd’hui une popularité inattendue auprès des jeunes générations urbaines, transformant leur usage intime en une tendance mode, parfois controversée.
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Historiquement, les bayas, fabriqués à partir de perles en verre, noix, bois, métal ou plastique, étaient avant tout des symboles féminins, transmis de mère en fille. En Côte d’Ivoire, les jeunes filles en bas âge portaient ces perles pour, dit-on, affiner leur taille pendant la croissance. À l’âge adulte, ces bijoux prenaient une dimension intime : un outil de séduction réservé au regard du conjoint, dévoilé dans l’intimité du couple.
Betty Konan, restauratrice à Cocody Bonoumin, raconte porter parfois jusqu’à vingt bayas à la fois : « C’est pour séduire ! Ça excite ton homme. Mais pour nous, les femmes d’un certain âge, ça ne se montre pas. C’est dans la chambre que l’homme découvre. » Cette perception, cependant, est remise en question par une jeunesse citadine cosmopolite et connectée, qui redéfinit les usages traditionnels.
Dans les rues d’Abidjan, les jeunes femmes arborent désormais leurs bayas comme un simple accessoire de mode, visibles sous des jeans taille basse ou des minijupes. Cette évolution suscite parfois des réactions mitigées, notamment de la part des générations plus âgées. Marie-Hélène Banimbadio Tusiama, influenceuse et passionnée de mode, confie : « Pour moi, c’était comme un bracelet ou un collier, jusqu’à ce que je reçoive des remarques de femmes plus âgées ou d’hommes me demandant de cacher cela. J’ai alors réalisé que ce n’était pas qu’un bijou anodin, mais une pièce intime liée à la séduction. »
Malgré ces réticences, le baya devient un moyen pour certaines jeunes femmes de s’affirmer, surtout dans des cadres festifs comme les plages ou les soirées. Pour d’autres, il s’agit d’un retour à leurs racines culturelles. L’artiste Lyra-May Ouattara porte fièrement des bayas baoulés hérités de sa grand-mère : « Quand je les mets, je revitalise l’héritage qu’elle m’a transmis. Je porte ma culture sur mes reins, et je la montre pour la partager. »
Au-delà de la Côte d’Ivoire, les bayas trouvent des équivalents dans d’autres cultures ouest-africaines : « bine-bine » en wolof au Sénégal ou « afflema » chez les Akans. Ces bijoux, bien plus que de simples ornements, incarnent des identités culturelles riches et diverses.
Lyra-May Ouattara appelle à une acceptation plus ouverte de ces évolutions : « Le baya peut être un sujet d’analyse sociale, interrogeant notre rapport au corps, à la sensualité et à la culture. » Dans cette réinvention, les bayas transcendent leur fonction initiale pour devenir un pont entre tradition et modernité.







