La Nuit des Rois, film récemment nominé aux Oscars et réalisé par le franco-ivoirien s’inspire de l’imaginaire de nos chers griots.

En effet, le récit narre l’histoire d’un jeune homme appelé Roman (Bakary Koné), envoyé à la MACA, une prison ivoirienne située au milieu d’une forêt.

Vieillissant et malade, Barbe Noire, le maître de la prison est un caid de plus en plus contesté. Afin de conserver son pouvoir, il renoue avec le rituel de “Roman”, qui consiste à obliger un prisonnier à raconter des histoires durant toute la nuit ou être tué.

Lorsque ce fut le tour de Roman, il raconte l’histoire d’un chef de gang appelé Zama King (Goneti Oscar et Traoré Aboubacar), en l’imprégnant de mythe, de fable et de mystique, tandis que les autres prisonniers se joignent à sa performance par la poésie, le chant et la danse.
« La nuit de Roman est fabriquée comme une veillée funéraire. Chez les Bétés, l’ethnie dont je fais partie, on chante, on parle lors de la veillée…», a confié le réalisateur à JeuneAfrique.

Ce rituel s’inspire de la tradition ouest-africaine des griots. « Dans une culture essentiellement orale, c’est lui [le griot] qui nourrit le tissu social », explique le réalisateur ivoirien du film, Philippe Lacôte, dans les notes de presse du film. Il était donc important pour lui de leur rendre une sorte d’hommage.

« Ce qui m’intéresse dans ce film et en général, c’est de raconter une histoire à partir d’une culture, depuis un imaginaire africain. Dans la culture ivoirienne et plus généralement d’Afrique de l’Ouest, les frontières entre réalisme, magie, fantastique, sont très poreuses, très perméables. Le récit de Roman qui raconte Zama s’appuie sur des faits réels, convoque des archives, mais il est raconté aussi comme une légende », indique t-il.
Au passage, la prison MACA existe réellement et est située à Abidjan. Lacôte avait l’habitude d’y rendre visite à sa mère, qui avait été incarcérée pour des raisons politiques. Comme il n’y avait pas de parloir, Lacôte attendait parmi les détenus, qui circulaient librement autour des visiteurs. Et le rituel de « Roman » affirme le réalisateur, existe au sein de la MACA, à la différence qu’il n’est pas aussi extrême que dans son film.

« J’écoutais le langage de cette prison. C’était un monde que j’aimais observer, même si je n’étais pas capable de tout décoder. J’avais l’impression d’être à la cour d’un royaume archaïque avec tous ses princes et ses laquais », dit-il.








