Le travail de cette passionnée de photographie commence à se voir. Une marque de reconnaissance pour Nataal, lancé en 2015, qui fait la promotion d’une nouvelle vague de talents africains et diasporiques. Cette fonceuse est née et a grandi à Marseille. De la cité phocéenne, qui reste l’une de ses « bases », elle a perdu l’accent, sauf pour dire certains mots. À la fin des années 1980, elle devient fille au pair en Angleterre, puis décroche un travail de vacances à Monaco, où elle est engagée comme secrétaire.

Marie Gomis-Trezise commence comme secrétaire chez BMG, et gravit les échelons rapidement pour devenir en quatre ans directrice artistique de Disques Vogue, un petit label des années 1960 vieillissant. « On a ramené un catalogue de Drum & Bass, personne n’y connaissait rien en France ». Elle passe ensuite chez Columbia Records, signe des pointures comme DJ Cam et Stomy Bugsy, mais commence à s’ennuyer.
De la musique à la photographie
En 2008, en pleine crise financière, elle et son mari font le choix de s’installer à Bruxelles, pour y trouver une meilleure qualité de vie au cœur de l’Europe. Elle remet un pied à l’étrier dans la musique, ce qui l’amène assez vite à la… photographie. « Mon expérience dans la production musicale et le développement d’une image pour les artistes m’a amené à connaître un bon réseau de photographes et de réalisateurs de clips. J’adore la photo, j’avais des followers sur Tumbler et Pinterest, tout le monde me disait que j’avais un bon œil ».

Son compagnon l’encourage à monter une galerie, au point de lui prendre un billet d’avion pour le Sénégal, en 2015, en lui recommandant de passer à l’action. « Je n’y étais pas retournée depuis l’enfance ! Je me suis étonnamment sentie chez moi de manière instantanée. Ce voyage m’a ouvert les yeux sur ce que je voulais montrer : des gens issus de la diaspora qui partagent les mêmes expériences que moi, ce questionnement d’identité, d’appartenance. Je voulais des conversations sur ce sujet. »
Une galerie virtuelle à Bruxelles
Elle lance en 2019 la Galerie Number 8, virtuelle, qui vend sur le site Artsy, expose dans les foires d’art contemporain en Europe et les festivals tels que Vogue Italia. Déterminée à montrer une esthétique différente, elle a notamment repéré Campbell Addy, Londonien d’origine ghanéenne de 30 ans, avant qu’il ne se fasse un nom dans la photo de mode.
Autre image marquante pour elle, celle de Djeneba Aduayum, présentée dans un vernissage d’anthologie à la Maison Rouge dans le off de la Biennale de Dakar 2018. Elle lui a valu un compliment du grand plasticien ghanéen El Anatsui : « la plus belle chose » qu’il ait vu à Dak’Art. Marie Gomis-Trezise, qui ne manque pas de flair, estime que « Paris est en plein éveil, avec une vraie scène d’artistes diasporiques, une mixité jusque dans les clubs, un peu plus cool qu’à mon époque, et plus de diversité dans les industries créatives ». Une prochaine étape, peut-être.








