– Veux tu qu’on aille regarder un spectacle de Jazz ?
– OH c’est une musique de Blancs ça.
Certains d’entre vous ont du certainement entendre cette réplique et peut-être pas qu’une fois.
Le jazz a tendance à être assimilé par une frange de la population noire comme étant une musique faite pour et par les blancs. Ah Duke Ellington, Louis Amstrong, Nina Simone, Jimmy Hendrix, James Brown, Ella Fitzgerald, Etta James et j’en passe doivent certainement se retourner dans leurs tombes en entendant ces mots. Loin de là l’idée de nier qu’il y eut un apport des Blancs à cette musique à une certaine époque, mais elle ne fut clairement pas une musique pour les Blancs, encore moins initialement créée par eux.
Origines du Jazz
L’inventeur du terme « Jazz » reste sujet à polémique jusqu’à nos jours, mais ce qui fut prouvé c’est que le type de mélodies dont il est l’objet était initialement issu des Noirs. Durant la période esclavagiste, les Noirs dans les champs de coton avaient trouvé comme seuls réconforts, Dieu et la musique. Pour affronter la dure réalité quotidienne et se donner du courage, ils se mettaient à chanter. Ces chants improvisés s’accompagnaient du rythme de leurs outils. Mélange de Blues et de Ragtime, ils allaient finalement donner naissance à ce que l’on nommera plus tard le Jazz.
Il s’agissait des fois de faire les éloges de la communauté noire et d’autres fois d’exprimer leur douleur et/ou appeler à la révolte. Pour reprendre ces puissants mots de Ralph Ellison : « L’esclave noir dans le champ de coton, ou le forçat noir cloué à la route qu’il construit, n’ont de libre que la voix. Enchaînés, surveillés nuit et jour par la chiourme et les chiens, la seule évasion possible est vocale (…) » .

Le Dixieland ou « l’appropriation » du Jazz
C’est l’original Dixieland Jazz Band, orchestre strictement composé de blancs, qui fut le premier à enregistrer en 1917 un disque de Jazz. Celui-ci a connu un énorme succès, se vendant à un million d’exemplaires. Pourtant, ce n’est pas de ce groupe qu’est issu le Jazz. Vers les années 1910, il y avait déjà à la Nouvelle Orléans, dont il sont originaires, quelques groupes de Jazz afro-américains. Mais compte tenu du contexte à l’époque, les maisons de productions omettaient sciemment d’embaucher des Noirs excepté James Reese Europe ou encore Bert Williams.

Aversion contre le Jazz ou les Noirs ?
Ce n’est qu’au début des années 20 que les maisons de disques commençaient à recruter des Noirs pour jouer du Jazz. Il fut virilement critiqué par les blancs. Dans son article « The White Réception of Jazz » paru en 2004, Maureen Anderson explique que ces derniers, à cause de leurs préjugés raciaux ne cessaient de montrer leur mépris envers cette forme de musique. Des années 20 aux années 30, il y avait beaucoup d’auteurs qui, à travers leurs articles de journaux stigmatisaient le Jazz. Certains étaient d’avis que le Jazz avait plagié les oeuvres des compositeurs classiques blancs. D’autres le catégorisaient comme étant diabolique, malsain, dangereux voire sorcier. Bref, cette aversion contre le Jazz était juste une autre forme d’aversion envers les Noirs.
C’est après l’adoption du Jazz Preservartion Act (JPA) en 1987 qui définissait le Jazz comme « une forme d’art noir américain », que celui-ci connut une montée en popularité remarquable.
Alors, « Homme invisible pour qui chantes-tu » ?
Nina Simone aurait certainement répondu : « Pour la liberté ! »







