Dans la préface de la biographie sur Baaba Maal, le professeur Felwine Sarr a décrit sa contribution artistique comme étant « une réflexion sur l’éducation, l’émigration, l’engagement, le rôle de l’identité culturelle dans la prise en charge des défis contemporains des peuples d’Afrique, le respect et l’estime de soi, la valeur de la culture, le rôle des arts comme ressources et force motrice, l’importance du patrimoine culturel, de sa préservation, mais aussi de sa fécondation ». Retour sur le parcours et l’engagement de ce chanteur hors pair.

Un musicien au parcours atypique
Baaba Maal est un chanteur et guitariste né à Podor, une petite ville située au bord du fleuve Sénégal, aux confins de la Mauritanie. Dès son jeune âge, il s’intéresse à la musique. Après son baccalauréat, il choisit de faire le conservatoire de musique tout en poursuivant des études d’arts plastiques à Dakar. Son ambition première était de devenir professeur. Mais il finit par intégrer le groupe « Asly Fouta », où il apprend à jouer divers instruments traditionnels. Avec son ami griot, Mansour Seck, il se met à effectuer des tournées dans l’Afrique de l’Ouest. Au fil des concerts, de villages en villages, il rencontre les anciens qui l’initient à l’histoire de la région et de sa musique.
Lorsque plus tard Baaba Maal débarque à Paris, il s’inspire des sonorités occidentales et trouve sa voie. C’est en musicien accompli qu’il revient à Dakar. Il fonde ensuite son groupe « Daande Lenol » (la Voix du Peuple) et réalise son premier album « Firin’ in Fouta ».
Pour son album « Nomad Soul », Baaba Maal a collaboré avec divers artistes internationaux : Robbie Shakespeare, le bassiste et producteur jamaicain, Brian Eno, pionnier du rock et de la musique expérimentale et le quatuor vocal féminin irlandais « Screaming Orpheans » entre autres.
Ces dernières années, le musicien sénégalais a voulu retourner à ses origines en développant une musique plus traditionnelle.

Un citoyen engagé
En juillet 2003, Baaba Maal est nommé « émissaire pour la jeunesse » par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Le musicien-ambassadeur a été choisi pour sensibiliser les jeunes sur le SIDA, notamment. Un an après, il participe au Sommet panafricain des jeunes leaders organisé par le PNUD le 27 juin 2004. Il a fêté sur scène le 19e anniversaire de son groupe en compagnie de Thione Seck, Abuu Jubaa Deh, le rappeur Bill Diakhou, Fatou Laobé, et le tambour major, Doudou Ndiaye Rose. Baaba Maal a profité de cette occasion pour réitérer son « soutien moral en faveur des enfants déshérités pour que l’Afrique puisse aller de l’avant ».

En plus d’être un homme de coeur, Baaba Maal est également un grand défenseur du panafricanisme. Son appartenance au peuple Toucouleur se reflète dans ses textes particulièrement riches. Il y explore tous les styles de musique des Peuls : « le «Pékane» des pêcheurs, le «Dilléré» des Maabo (tisserands), le «Goumbala» ou chants des guerriers, le «Daarol», récit épique, le «Komtimpadji» des Tiédos, le «Fantang» exaltant le pastoralisme, le «Wango» un genre distractif de Médda DIAGNE, les «Lingui», pour les nouvelles mariées, le «Naalé» des esclaves, le «Sawali» des Laobé, le «Kérodé» des chasseurs, le «Lélé» de Samba DIOP, le «Jaanti», récits mythiques et initiatiques, les chants islamiques («Beyti» ou poésie, le «Daarol» ou récit, le «Tarikh» ou chroniques), et naturellement, le «Yéla» des griots ».

Pour lui, « le rôle d’un musicien est d’éveiller les consciences, d’attirer l’attention des gens vers des aspects ignorés de leur personnalité ».







