Le gouvernement militaire du Burkina Faso, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, a annoncé son intention de réintroduire la peine de mort dans le code pénal du pays. Cette annonce, faite le 8 novembre 2024 par le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, devant l’Assemblée législative de transition, a relancé le débat national sur la peine capitale, abolie en 2018. Si elle est adoptée, cette réforme vise les crimes perçus comme des menaces graves à la sécurité nationale, notamment les infractions terroristes, la trahison et les atteintes à la sûreté de l’État.
Face à une crise sécuritaire qui pèse lourdement sur le pays, les autorités de transition envisagent ce retour de la peine capitale comme une réponse dissuasive aux menaces terroristes et aux activités perçues comme des actes de trahison. D’après le ministre Bayala, cette mesure est guidée par les « instructions données par le chef de l’État » pour renforcer les moyens de dissuasion en période de crise. Bien que les détails du projet ne soient pas encore publics, l’objectif est clair : faire de la peine de mort un outil de dissuasion dans la lutte contre les menaces existentielles qui fragilisent le pays.
Le Burkina Faso est confronté depuis plusieurs années à une montée des attaques djihadistes et de l’insécurité, surtout dans le nord et l’est du pays. Les partisans de la peine capitale estiment que cette mesure pourrait dissuader les complices de groupes armés et les individus impliqués dans des actes visant la stabilité du pays. Cependant, cette option est aussi perçue par beaucoup comme un recul dans les avancées des droits humains obtenues ces dernières années.
La peine de mort avait été abolie en 2018 sous le régime de Roch Marc Christian Kaboré, marquant une volonté du pays de s’aligner sur les standards internationaux en matière de droits humains. Cette réforme symbolique, bien accueillie par les défenseurs des droits de l’homme, visait à tourner une page sur les années d’instabilité politique et les abus du passé. À l’époque, l’abolition s’inscrivait dans un contexte plus large de justice et de réconciliation, notamment avec le traitement de dossiers historiques comme celui de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo.
Cette réintroduction proposée montre la pression sécuritaire qui pèse actuellement sur les autorités burkinabées. Pour le régime militaire, les circonstances ont changé, et la situation sécuritaire nécessite des réponses fortes pour dissuader les menaces internes et externes. Depuis l’arrivée au pouvoir de la junte en 2022, les appels au retour de la peine de mort se sont intensifiés, notamment de la part des partisans d’une ligne dure face au terrorisme.
Le projet de rétablir la peine de mort ne fait pas l’unanimité. Des organisations de défense des droits de l’homme, telles qu’Amnesty International, s’opposent fermement à cette initiative. Elles soulignent que l’efficacité dissuasive de la peine capitale est controversée et qu’elle va à l’encontre des efforts internationaux pour l’abolition de la peine de mort, qui a été supprimée dans de nombreux pays africains. Les critiques rappellent également que la réintroduction de cette peine pourrait ternir l’image du Burkina Faso, un pays qui avait pris des mesures progressistes en matière de droits humains.
De nombreux analystes estiment également que cette réintroduction pourrait aggraver les tensions au sein de la société burkinabée, divisée sur cette question. Alors que certains voient dans la peine capitale un moyen de défendre la nation, d’autres craignent une augmentation des risques d’abus et d’erreurs judiciaires dans un contexte politique tendu.
Cette initiative de réintroduction de la peine capitale soulève un débat de fond sur l’avenir de la justice au Burkina Faso, entre impératifs sécuritaires et respect des droits humains. Ce débat met en lumière la complexité de la situation sécuritaire et la diversité des opinions sur les réponses les plus appropriées face à des menaces de plus en plus pressantes. La décision finale du gouvernement de transition sera suivie de près, tant au niveau national qu’international, et pourrait impacter durablement la trajectoire du pays en matière de justice et de sécurité.
En définitive, le Burkina Faso se trouve à un carrefour décisif entre renforcement de la sécurité et maintien des acquis en matière de droits humains, une balance complexe qui marque profondément l’histoire récente du pays.







